vendredi 21 janvier 2011

Les Tistou, ça existe. Les autres aussi, d'ailleurs.

Une raison de détester l'école public est qu'elle ne laisse pas les Tistou rester Tistou et les autres autres. Elle agace les deux.

Si tout le monde était Trounadisse, ça serait dégueulasse (rappelons que les voleurs sont assez souvent Trounadisse à l'envers). Si tout le monde était Tistou - Tistou ne serait plus Tistou.

Si les Trounadisse se mettent ensemble pour créer un monde sans les Trounadisse, tout fait des Tistou: pas seulement ils échouent, en plus ils se prétendent quelque part Tistou (ou, au pire Moustache) par procuration - mais ils restent Trounadisse.

Tout le monde me comprend très bien que je ne prends pas Tistou et Trounadisse pour deux personnes qui ont réellement vécu à Mirepoil. Mais il y a des niais qui ne comprennent point la même chose si je parle de Gandalf et Saroumane ou de Frodo et Sam.

Si les Tistou grandissent sous les Trounadisse, ça leur peut arriver de ne pas en souffrir: ça leur arrive aussi d'en souffrir. Un peu le pire dans l'ordre des hommes d'influence ou de pouvoir sont les feu Tistou qui se veulent venger sur les Trounadisse pour ne pas avoir pu rester des Tistou.

Si en plus les Trounadisse mettent derrière un ex-Tistou, derrière un Tistou gâché pour l'aider à faire le Trounadisse à la Tistou ...

Ajoutons: il y a d'autres façons de faire périr un Tistou. Il y a d'autres amertûmes qu'envers les Trounadisse qui peuvent hanter un ex-Tistou.

Autre chose à retenir - à part tout ce que nous donne l'auteur lui-même?

Oui. Si "les fleurs ne laissent pas passer le mal" ça vaut biensûr pour les fleurs chez les floristes mais surtout pour les roses d'un Rosaire, il y en a quelques variétés dites Latines ou Grecques:

Ave Maria Gratia plenaTheotoke Parthene khaire
Dominus tecumho Kyrios meta sou
... ...


Revenons au livre, encore un peu de cueillettes:

Les grandes personnes ont la manie de vouloir à tout force expliquer l'inexplicable.


En effet, même si quelque chose d'extraordinaire est bien explicable, ils le rendent inexplicable pour s'adonner à cette manie de vouloir à tout force expliquer l'inexplicable.

Ou plutôt des grandes personnes. Tolkien - il ne s'agit pas de sa fiction, mais d'un essai sur les contes de fée, chapître sur leur renvoi dans la chambre d'enfants - nous rappelle que c'est inutile de angéliser les enfants et de diaboliser les adultes. Maurice Druon est dans son avant-propos d'accord que les enfants ça n'existe pas, il n'existe que les futurs adultes. Un vrai enfant à normalement l'appetit de grandir. Et l'horreur d'avoir un rappel qu'il n'est qu'un enfant. Il y a le bon "devenir comme un enfant" et il y a le mauvais. Il y a aussi le bon grandir et il y a le mauvais. On a le droit, même le devoir de grandir en gardant son innocence. Ceux qui deviennent sentimentaux sur le fait que telle personne est enfant et donc encore innocent n'ont peut-être pas si bien gardé leur propre innocence.

Voici un Monsieur bien bête qui éprouve le besoin de s'accroupir pour faire semblant d'être de ma taille.


C'est de l'avant-propos de Maurice Druon. Tolkien aurait été d'accord. C'est aussi de ses propres mémoires de l'enfance.

Il y a des propos qu'il tient sur enfants et grandes personnes dans le livre que Tolkien (père de quatre) aurait expliqué par le fait qu'il n'avait pas d'enfants à sa charge lui-même. Moins on a d'enfants, plus on devient bête dans les propos sur eux. Sauf à se tenir à ses mémoires.

Puisque j'ai déjà étudié ailleurs les formes des livres pour enfants (aussi moins de mots et des mots plus emblématiques pour décrire chaque chose serait un aspect), jusqu'à en explorer les statistiques de dimensions, voici les statistiques pour Tistou. Les pouces verts. Les voilà:


Les chapîtres sont au nombre de XX, il y a un Avant-Propos. De ces XXI unités j'ai pris le premier tiers comme example.

paragraphes sans vers ni dialogue (ou dont les répliques sont très subsidiaires)
2623221311107
paragraphes de dialogue (quelques paragraphes comptées deux fois aussi la catégorie en haut)
25148421-
vers de poèmes ou chants (versets, pas strophes!)
5------


Hans-Georg Lundahl
Mairie du III/Paris
21/I/2011

12 commentaires:

Hans-Georg Lundahl a dit…

Tolkien dans le texte, traduction Christine Laferrière:

Si nous utilisons enfant dans un sens positif (il a aussi légitimement un sens péjoratif), nous ne devons pas nous laisser aller à la sensiblerie en n'utilisant adulte ou grande personne que dans un sens péjoratif (ils ont aussi légitimement un sens positif). Le fait de devenir adulte ne s'accompagne pas forcément du fait de devenir plus mauvais, bien que les deux aillent souvent de pair. Les enfants sont faits pour grandir, et non pour devenir des Peter Pan; non pour perdre leur innocence et leur émerveillement, mais pour faire le voyage qui leur a été assigné; voyager plain d'espoir ne vaut sûrement pas mieux que d'arriver, encvore qu'il nous faille voyager pleins d'espoir, si nous devons arriver.

les monstres et les critiques et autres essais, p. 171

Hans-Georg Lundahl a dit…

Cela n'équivaut biensûr pas qu'un Tistou doive devenir un Trounadisse pour devenir adulte.

Ou qu'un enfant doive être un Tistou pour être un enfant.

Hans-Georg Lundahl a dit…

If we use child in a good sense (it has also legitimately a bad one) ...

The Monsters and the Critics and Other Essays, p. 137.

Je ne suis pas d'accord avec la traduction "positif" pour "good"="bon", ni même avec "péjoratif" pour "bad"="mauvais".

Positif et négatif ne dénotent pas bon et mauvais, mais présence ou absence de qqc: si c'est de quelque chose de bon, alors ça s'approche de bon et de mauvais, mais si c'est de quelque chose de mauvais, c'est l'inverse, comme avec les test HIV.

Un injure est mauvais pour celui qui le reçoit, immédiatement et intentionnellement mauvais. Même si après ou par force de charactère il en tire profite.

Il est pourtant positif dans le cas d'un mot blessant: "sous-chien" ou "niq ta m" mais négatif dans le cas d'une silence là où une réponse aurait été normalement polie.

Donc, positif et négatif ne valent pas bon et mauvais.

Et un sens mauvais n'est pas un sens péjoratif: péjoratif c'est injurieux, mais il y a des mots qui ne le sont pas et qui ont quand même un sens mauvais.

Hans-Georg Lundahl a dit…

Continuons un peu sur une piste qui est très dans le sens de l'avant-propos de Maurice Druon:

... les contes de fées ne devraient pas être particulièrement associés aux enfants. Ils leurs sont associés de manière naturelle, parce que les enfants sont humains et que les contes de fées répondent à un goût humain naturel (quoique pas forcément universel); de manière accidentelle, parce que les comtes de fées constituent une grande partie du bric-à-brac litéraire fourré au grenier, ces derniers temps, en Europe; de manière non naturelle, en raison d'un sentiment erroné à l'égard des enfants, sentiment qui semble s'accroître à mésure que diminue leur nombre.

p. 170

Prétendre que chaque enfant soit un Tistou et aucun enfant un Trounadisse en herbe serait aussi une association basée sur ce sentiment erronée.

Comme d'ailleur aussi augmenter artificiellement le nombre d'enfants en tamponnant arbitrairement les adolescents ou les adultes comme "enfants" ou "infantiles".

Hans-Georg Lundahl a dit…

Correction du lien pour l'édition française: http://christianbourgois-editeur.fr

Anonyme a dit…

"Une raison de détester l'école public " lit-on ici... Une raison de la détester, c'est de constater que ceux qui la critiquent ne savent même pas écrire "école publique". De même, qu'est-ce que cette manie de parsemer d'accents circonflexes des termes comme "amertume" et "chapitre"?
Pour être crédible, connaître l'orthographe peut aider...
Signé Billy.

Hans-Georg Lundahl a dit…

Merci d'avoir un peu de charité envers quelqu'un dont les études orthographiques étaient surtout en suédois et anglais. *Ironie*

Merci de toute façon de marquer que mes défauts en orthographe dans ce texte se bornent à un exemple d'ortographe phonétique et quelques exemples d'orthographe hypercorrecte. *Sans ironie*

C'est l'école suédoise, juste deux ans de l'école autrichienne aussi, plus un sémestre en professeur de suédois et d'allemand qui font mon expérience de l'école. Celle de France, j'ai lu les nouvelles, et j'ai parlé une aixoise qui croyait d'abord pas qu'il y avait harcèlement dans sa classe, ensuite elle admettait qu'il y avait quand même une pleurnicharde qui peurait "pour rien". C'est à dire il y avait au moins une harcelée dans sa classe.

Anonyme a dit…

Ma dernière réponse ne passant pas, je recommence : je vous présente mes excuses pour n'avoir pas prêté attention à votre nom, que j'aurais néanmoins peut-être pris pour un pseudonyme. Le fait est qu'on lit sur la toile tellement de commentaires rédigés par des Français dans une langue qui laisse à désirer que l'agacement parfois l'emporte. Pourquoi ne pas prendre le temps de vous faire relire? En tout cas, je suit très sincèrement navré, d'avoir été en l'occurrence inutilement désagréable. C'est toute mon admiration que je tiens désormais à vous exprimer, découvrant que vous lisez et écrivez dans cette langue si complexe et qui n'est à l'origine pas la vôtre. Je vais donc continuer à découvrir votre blog - vous gagnez un lecteur.
Billy

Hans-Georg Lundahl a dit…

Quel bonheur!

Merci!

Faites passer le mot à vos copains aussi, s'il vous plaît!

Hans-Georg Lundahl a dit…

Et, en plus vous n'étiez pas même désagréable.

En plus de noter que mes défauts linguistiques étaient assez limités, vous notiez en même temps que mes défauts d'argumentation étaient si inexistants que la seule remarque contre serait une "attaque" (pour ainsi dire) à ma linguistique.

Hans-Georg n'est donc pas un pseudonyme, quid alors de Billy?

Guillaume, William, Bill, Billy ou tout autre?

Anonyme a dit…

Merci pour votre indulgence, tandis que je me découvre coupable d'une horrible faute de frappe : "suit" au lieu de "suis". Pan sur le bec. Sinon, j'ai bien lu vos arguments sur le sujet qui m'intéresse et trouve que traduire "good/bad" par "positif/négatif" n'est pas si mal trouvé... Je ne sais ce qu'on pourrait mettre d'autre, en fait...
Billy (diminutif de William servant ici de pseudonyme)

Hans-Georg Lundahl a dit…

Traduire "good/bad" avec "positif/négatif" ou "eulogisant/péjoratif" est très mal.

D'abord, l'anglais comme le français a souvent un choix entre le docte et le simple. "Good/bad" est simple. "Eulogisant/péjoratif" est docte. "Positif/négatif" est ... j'y reviens. Mais si l'auteur a choisi un mot simple, d'abord il ne convient pas à la traductrice d'y substituer un choix du mot docte.

Ensuite: positif et négatif ne veulent même pas dire bon et mauvais. En chaque chose terrestre (peut-être j'exaggère) il y a un plus et un moins. Une modification est positive si elle ajoute, négative si elle va vers le moins ou coincide avec l'absense totale plutôt. Mais le bon n'est ni le maximum, ni le minimum, normalement. Parfois le bon est même l'absense totale, comme avec les virus de VIH. Donc, bon et mauvais sont des choses moins mathématiques que positif/négatif.

L'autre possibilité, eulogisant (si c'est le mot) avec son contraire péjoratif, ça a déjà un rapport très direct avec le bon et le mauvais, mais c'est déplacé parce qu'un mot qui a une signification bonne et une signification mauvaise n'est ni eulogisant ni péjoratif. Comme dans l'exemple, "adulte" et "enfant".

En plus, la traductrice s'est tenue ni au pair positif/négatif, ni au pair eulogisant/péjoratif, mais là où Tolkien avait un pair symmétrique signifiant bon et mauvais, elle rompe la symmétrie avec positif sans négatif, péjoratif sans eulogisant, parce qu'elle trouve que l'un est à peu près la même chose que bon et l'autre est à peu près la même chose que mauvais.