mercredi 28 avril 2010

18 - 20/20 = une 5 en Suède, d'une certaine époque

y compris l'année de mon Bac, 1987.

J'en avais dix: I suédois compréhension, II suédois expression litéraire (je ne me souviens plus dans lequel des deux sujets se trouve la connaissance de nos auteurs), III anglais neuf ans (dont les derniers trois semestres étaient remplacés par un examen), IV français six ans (dont un semestre manquait au milieu), V allemand trois ans - remplacés par examen après lecture d'un livre d'Erich Kästner et VI latin deux ans; aussi VII "connaissance des religions" (sujet inventé par Olof Palme pour remplacer le Catéchisme qui faisait auparavant le premier sujet au Bac), VIII philosophie (j'étais le seul de ne pas rater une question sur l'examen de logique, le deuxième, qui était un laïciste des catacombes de Paris était furieux), IX histoire et X musique. ET je me trouve à la rue. Ais-je donc fait une grande chute? Pas exactement. Mais je ne me considère pas pourtant comme une vocation religieuse non plus.

LeMonde avait l'année passé un article sur les 20 et + /20.
Avec un citation saugrenue:

"On voudrait la cloner"


J'espère que l'élève en question comprenne la bêtise du "proviseur" (mot que je trouve dans l'article, et dont j'ignore la signification exacte).

Si les 20/20 sont rares, ils ont une chance d'occuper les bons postes. Si tous le monde aura le talent d'avoir 20/20 (dans les mêmes sujets du Bac - c'est un préjugé quelque peu gauchiste que je partage: que tous le monde est ou a le talent pour 20/20 en quelque chose), alors tous le monde devient professeur, écrivain, artiste, homme d'affaires, diplomate, avocat, médecin ... et les plongeurs et les éboueurs, il y en aura plus?

Bon, artiste et homme d'affaires, comme distributiste ou "poujadiste de gauche" j'aimerais voir les métiers utiles être plus exercés par artisans libres, gestionnaires de leurs propres affaires, mais pour la discussion, j'ignore cet aspect pour l'instant. Je prend l'homme d'affaires dans le sens de quelqu'un qui compte sur wall street et artiste limité aux musiciens, peintres, sculpteurs, danseurs, et j'en passe.

Est-ce que les villes tiendront à cette foule des 20/20 qui pourtant de temps en temps se mouchent pour rien dire du plus grossier et pas un éboueur pour nettoyer les rues?

Et un métier bien payé, sera-t-il si attractif si par le manque de plongeurs il devient impossible de dépenser aux restos?

Moi, je suis bien content qu'il y ait des gens dont les talents portent sur d'autres choses que les sujets d'une Bac théorique, et je les respecte, tant qu'ils me respectent (il y en a eu qui ont voulu que je prouve le respect par le fait de me laisser refaire mon éducation par eux, mais ça ne serait pas respecter leurs métiers ou personnes ou leur morale en soi, ça serait respecter leur manque de respect ou même mépris pour les théoriciens et pour le travail intellectuel - chose que je trouve parfois excusable, vu les abus commis par théoriciens, mais non pas louable).

Par contre, je suis très peu content du fait qu'ils soient obligés à se rendre quasiment à un concours où ils savent en avance ou très tôt qu'ils seront les perdants. Samaranch, serait-il bien d'accord que les obèses soient obligés à se rendre aux premiers concours qualifiants à côté des athlètes? Plutôt il prendra ça comme un insulte aux athlètes, comme s'il n'y avait rien dans l'athlétisme sauf le fait de ne pas être obèse qui puisse atirer les athlètes.

Comme moi, étant lent, dyspratique et amateur de la grasse matinée, je n'aimerais pas tellement être obligé de rentrer en compétition avec les hommes durs et debrouillards, qui en plus peut être imaginent (ce genre de préjugés ne constitue pas leur vertu, mais peut être un des incitaments les moins honnêtes à leur vertu) que je serais plus dur ou debrouillard avec "un peu plus de virilité" et que je le gagnerais en rentrant en contact avec eux. Là ils ressemblent à des "têtes de la classe" telles comme je ne le suis jamais été, ceux qui imaginent que les autres manquent "intellect" plutôt que juste goût pour ces sujets là.

Quand j'étais professeur, contracté pour seulement le sémestre, en allemand et en suédois, j'avais une fois expulsé une collégienne très impertinante qui gâchait la leçon. Elle imaginait un peu imbus que l'étaient ses parents de gauchisme pédagogique, que n'importe quel sujet peut, avec de la bonne pédagogie, être rendu intéressant en n'importe quel situation (notemment en obligation scolaire!) à n'importe quel élève qui souhaite savoir le sujet. Je veux bien admettre qu'il y a pas mal qui voulaient parler allemand, mais ils voulaient parler un allemand sans apprendre la grammaire allemande, ce que ne marche pas dans la réalité.

En français le datif dépend régulièrement de la préposition "à", en allemand d'une déclinaison, surtout de l'article, et peut donc être mis à la tête d'une phrase, sans être confondu avec le sujet, mais en suédois le datif d'un substantif dépend très étroitement de l'ordre de mots pour ne pas être pris pour le sujet. Apprendre les différences grammaticales, donc systématiquement la grammaire allemand non dilué avec des grammaticalités suédoises est indispensable pour apprendre l'allemand correctement.

Il y a des gens qui pensent que leur propre langue est naturelle et que la grammaire des autres langues n'est qu'une fiction de leurs pires pédants, donc qu'ils pourraient très bien apprendre une autre langue sens en apprendre la grammaire.

Ils ne sont pas très différents des gens qui pensent que leur propre débrouillardise et dureté est la virilité tel que la nature la dicte, ni trop différents des gens qui pensent que les sujets de l'école et leurs méthodes académiques actuels (évidemment ils sont même capables de prendre le même sujet traité comme d'antan pour "non-scientifique"!) sont l'intellecte humain.

Il y en avait dans ce village, et dans ce classe là, la collégienne en question et sa copine étaint les têtes de l'opposition ou plutôt sabotage de ma didactique. Mais ce que me choque reste à venir et ne viendra pas de cette côté là:

Une professeure - elle avait fait ses études de "pédagogie" elle avait un CDI - m'a obligé de reprendre cette collégienne la même leçon illico. Après je me suis plaint que c'était humiliant pour moi.

"Oui, mais c'était humiliant pour elle aussi"

Mon acte? Non, elle imaginait que je devais rendre grace pour l'opportunité de voir l'opposition humilié. De grace! Je ne suis pas politicien! Elle imaginait que c'était une forme de lacheté de ma part de la laisser lire ou dessiner ou écouter son walkman en paix! Mais mon but n'était pas de faire une "pédagogie" humiliante pour celles qui seront selon une certaine idéologie (et non pas le code pénal ou canonique ou la morale catholique) "utilement humiliés", mon but était de sauver la leçon.

Si je suis contre l'obligation scolaire, ça tient pas mal à ça. Je ne vois aucune mérite d'humilier les 10/20 ou les 0/20 en les obligeant à faire - j'y reviens, les Samaranch! - quasiment les Jeux Olympiques comme obèses à côté des athlètes.

Aussi il y a ça: les non-talents peuvent se prendre aux professeurs, les ambitieux aux talents avec "trop de facilité" (mais quel mérite est-ce d'ôter la facilité pour autrui, sauf pour le crime?).

Comme je viens déjà de noter, ces ressentiments donnent un climat très tendu aux écoles. Un climat qui rend les collégiens et lycéens trop souvent en recherche d'un bonheur passager faute de pouvoir, dans ces conditions, atteindre un bonheur stabile. "Le paradis n'est nul part sur terre" dit-on, mais ce n'est pas une raison de rendre la terre ou un coin déterminé de la terre infernale.

Clonage purement mentale par éducation imposée ou clonage biologique dans le sens de manipulation génétique, les deux peuvent rendre la terre affreuse.

Hans-Georg Lundahl
Bibliothèque Audoux
Paris III
28/IV/2010

4 commentaires:

HGL a dit…

La collégienne à laquelle je viens de faire allusion n'est nullement identique à celle de ces haiku ci (<--- cliquez le lien, acceptez l'avertissement de contenu reservé aux adultes, qui ne peut techniquement s'appliquer qu'au blog entier, quoique la raison morale de cet avertissement se trouve sur une autre page que celle-ci).

HGLundahl a dit…

Venant de lire un article étasunisien qui dit que les communistes et les nazis n'étaient pas haïs, craints et coupables par le fait de harceler les immigrés illégaux - l'auteur ne semble pas sympatiser avec les mésures sarkozystes de l'Arizonie - mais pour d'atres raisons, je ne veux pas offusquer que les raisons pour lesquelles on les haïssait ont quelque rapport avec leurs introductions de l'obligation scolaire sans possibilité de scoariser à la maison en Allemagne de 1938 (encore valable, d'où les homeschoolers allemands se refugient par exemple en Autriche) ou la Soviétique de l'époque de Lénine:

But Communists and Nazis? They were hardly hated, feared and morally culpable because they tried to keep illegal aliens out of their countries, or because they frequently questioned people to that end. They were hated, feared and morally culpable because they built totalitarian states atop warped ideologies, and persecuted or killed everybody who didn’t fit their ideological molds.

Source: ici (<--- cliquez le lien si Catholic Culture vous interesse).

Puisque le traitement des scolarisés en certains établissements s'approche à la persécution, qu'elle soit par l'établissement lui-même ou par les autres scolarisés. Et quand une persécution conduit à un suicide, comme dans le cas de la récemment suicidée Phoebe Prince alors le meurtre n'est pas absent non plus.

Zoé a dit…

Hi Hans ! On s'est croisé près de Chatelet, un lundi soir bien tard il y a environ un mois, et on a discuté pendant une heure, assis par terre en partageant des clopes devant une porte d'immeuble. Je vous avais promis de faire un tour sur votre blog, voila, c'est fait, et j'y retournerai régulierement pour voir ce que vous devenez.
Au plaisir de vous recroiser, pour une autre discussion sur tout et rien, un lundi soir bien tard.

Hans-Georg Lundahl a dit…

Oui, c'est vrai!

Je suis à Beauvais, mais peut-être j'arrive q m?